Jeudi 1 mai 2008

Dernièrement, je me suis rendu à l'Assemblée Générale annuelle de mon comité de quartier. Un quartier populaire, qui s'affirme pour info très nettement à gauche à chaque scrutin.

Récit d'expérience :

Se déroule à mes yeux un bel exercice de (re)prise en main citoyenne de la collectivité, illustré par le colossal et formidable travail (photos-montage, compte-rendu, propositions) mené par la présidente de la structure.

Autour de la table siègent Madame la Maire (PS) de secteur, Monsieur le Député (PS) de la circonscription, ainsi qu'un policier, brigadier chef. Dès sa prise de parole, ce dernier annonce clairement la (sa) couleur. On lui demande « des résultats ». La police de proximité, c'est de l'histoire ancienne (« c'était un gouvernement de gauche, maintenant c'est un gouvernement de droite », juge-t-il opportun de préciser).

Sur la prévention, sa posture est claire, je cite de mémoire : «  quand je fais de la repression sur un agresseur, je fais de la prévention pour la victime ».

Cet agent de la république entreprend alors de porter son numéro de portable personnel à la connaissance de l'assistance, demandant qu'on lui signale le moindre événement qui « paraît suspect ». « Je ne vous demanderai pas votre nom ». Gloups...

Je ne vous fais pas de dessins. Imaginons juste, pour nous faire peur, un pays entier construit sur un tel système. Le degré zéro de la politique, de la citoyenneté.
L'horreur en marche. Le remède mille fois pire que le mal, producteur à coup sûr d'une violence sans nom. L' Histoire nous l'enseigne.

L'assistance, pourtant, acquiesse, sort carnets et crayons, note le numéro.

Le député (PS), ne moufte pas. La maire de secteur (PS), non plus. 
Visiblement, ils ne voient pas le problème. Ou font semblant. Car ils le voient, le problème, c'est une évidence. Enfin, je l'espère pour eux, pour leur santé politique.

Mais en ce contexte, ils n'osent aller contre. Pire : sourire aux lèvres, la maire de secteur en rajoute une couche: « je pense que vous aurez beaucoup d'appels, Monsieur ».

C'est trop pour moi.

Paisiblement, je prends la parole. De mémoire, cela donne ça : « Tout de même, ne pourrions-nous pas prendre un peu de recul « philosophique » sur ce qu' on fait là ? Quel modèle de société sommes-nous en train d'installer, tous ensemble ? Il s'agit tout de même d'un système basé sur la dénonciation anonyme généralisée ?».

Réflexe citoyen, question posée, sans plus de prétention de ma part.
Las ! Que n'avais-je dit !!??

Immédiatement, les réponse fusent, la réaction s'interpose.
Les « argumentations » par l'exemple s'enchaînent.

Il n'en faut pas plus pour me reléguer au rang d'utopiste angélique irresponsable, voire d'ami des délinquants.
Le policier, quant à lui, m'adresse une fin de non recevoir, m'explique (véridique!) que de toute façon son grand-père était philosophe, et me déclare (hautain, dos tourné) que ce que je viens de dire « n'engage que moi ».
Certes...

En fin de réunion, je suis consterné. Un peu terrifié, aussi.

Pourtant, tandis que le premières cacahuètes se consomment sur la table dressée, plusieurs personnes viennent me voir, se déclarant d'accord avec moi. Ouf. Un peu tard, mais bon.

Je suis (un peu) moins consterné.

par Mathieu LABROUCHE publié dans : Colères
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