Supermarché Casino, près de la Porte d'Aix, Vendredi dernier.
Je l'aime bien, ce supermarché Casino, près de la porte d'Aix.
Foisonnant, bouillonnant, très populaire. Beaucoup de bruit, pour un volume proportionnel à l'attente en caisse.
Régulièrement, ça gueule. Mais ça sourit, aussi. Ça aboie, mais ça ne mord pas.
Ce Vendredi, c'est un vieux monsieur qui nous a joué la scène.
Visiblement impatient, sûr du respect dû à son age, il s'est décidé à organiser les passages en caisse.
D'un ton autoritaire, l'oeil alerte, l'index droit tapotant vigoureusement sur le tapis roulant, il m'ordonna, ainsi qu'à
l'homme qui précédait, d'y déposer prestement mes marchandises, craignant une perte de temps.
Sans entrer dans la technique, je précise brièvement que son analyse était fausse. Les clients d'avant n'avaient pas encore
réglé, mon timing me semblait irréprochable !
L'homme qui me précède et moi lui répondons gaiement qu'une telle précipitation serait inutile, accentuant le courroux de
notre interlocuteur. Ma femme, en silence, observe.
L'homme qui me précède, complice, m'adresse en riant cette tendre sentence : « et bien, il a la forme.
Heureusement que l'on a plus l'âge de voter Mitterand. ».
J'acquisse, rieur, avant de réaliser que cette phrase est incompréhensible.
« Allez, on avance !!! »...
Le vieil homme revient à la charge, puis se livre à une virtuose manœuvre: piquer purement et simplement sa place à la jeune
fille qui s'intercalait jusqu'alors entre lui et moi.
« Je pose, je n'ai que ça ... », dit-il, sortant son premier article. Puis son second, puis son
troisième... Son caddie, au final, s'avére bien plus imposant que celui de la jeune fille.
Mais la jeune fille sourit, en victime complaisante.
Le jeune caissier voit tout et s'amuse.
L 'homme qui me précède et moi rions, béats d'admiration.
L'homme qui me précède passe, paye, me salue et s'en va.
Ma femme, voyant le vieil homme déballer un billet de 50€, engage une taquine conversation, lui proposant de payer nos
courses.
Surprise : le vieil homme accepte. Pour rire, évidemment.
Puis se confie : son âge (90 ans), sa vie, son rapport à l'argent...
Une vraie tendresse, naturellement, succède à une fausse tension.
Je l'aime bien, ce supermarché Casino, près de la porte d'Aix